Tranché s’il vous plait.

C’est aujourd’hui le refrain quotidien que chacun chantonne en demandant son pain, comme si la chose allait de soi : « tranché s’il vous plait ». Ce gadget s’est imposé, devenant une priorité pour beaucoup : la trancheuse. Désormais femme et mari, trancheuse et pain ne font plus qu’un. Au point qu’on s’inquiète de leur rare séparation : « ah, vous n’avez pas de trancheuse ? Mais… c’est pour bientôt ? ».

Or la trancheuse n’aime pas le compromis et ne s’adapte guère aux différentes textures de mie. Les nôtres sont souples, humides et tendres; un passage entre les lames sans pitié d’une trancheuse mettrait nos pains c’en dessus dessous. Seulement voilà, les temps changent, on n’attend plus d’un pain qu’il soit goûteux ou qu’il se conserve, on le souhaite tranché, avant tout, quitte à rebrousser chemin. A se demander comment on faisait avant. A croire que nos bras sont devenus trop las. La praticité aurait-elle pris le pas sur nos palais ?